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Salwa Toko, nouvelle présidente du Conseil National du Numérique

Salwa Toko, nouvelle présidente du Conseil National du Numérique5 min read

Fin de crise et relance du CNNum aphone pendant plusieurs mois ? La présidente du nouveau groupe d’experts veut désormais avancer.

Le mois dernier, le Secrétaire d’État chargé du numérique Mounir Mahjoubi proposait au Premier ministre la liste des 30 nouveaux membres du Conseil National du Numérique (CNNum), avec Salwa Toko comme présidente. Et mine de rien, c’est un soulagement.

Un contexte difficile

Si vous n’avez pas suivi ce léger fail gouvernemental de décembre dernier, le CNNum est cette commission créée en 2011 et qui devait justement être renouvelée fin 2017 pour deux années.
Marie Ekeland est nommée présidente en décembre, mais démissionne moins de deux semaines après sa prise de fonction. Mais pourquoi diable ?
Deux polémiques ont eu raison du CNMum version 2017. D’abord la nomination de Rokhaya Diallo au sein du Conseil. En effet, l’auteure, militante féministe et antiraciste, s’est retrouvée à ferrailler avec le gouvernement suite à sa dénonciation controversée d’un “racisme d’État”.
Mais la présence dans la liste du rappeur Axiom a également fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire qu’un auteur souvent décrié pour sexisme, malgré son engagement citoyen, ça fait un peu tache sur la photo de groupe.

Bref, à peine arrivée et déjà en opposition avec le gouvernement qui l’a nommée, Marie Ekeland a démissionné le 19 décembre, suivie par 27 des 30 membres de la nouvelle commission.
Les statuts du CNNum ont beau lui garantir son indépendance, il vaut visiblement mieux commencer son mandat à peu près en phase avec celui qui vous nomme.

Sans aucun membre, la commission était donc techniquement à l’agonie depuis la fin d’année, jusqu’à ce 28 mai où Mounir Mahjoubi a présenté sa nouvelle liste. Lui même ancien membre du CNNum, le Secrétaire d’État a cette fois évité les pièges en nommant tous les membres avant sa présidente. On peut extrapoler en supposant que le gouvernement a validé cette liste avant qu’il la lui présente officiellement.

À la manoeuvre pour deux ans

Salwa Toko, photo DEBRAGUESS

Et voici donc Salwa Toko qui hérite d’une commission qui fonctionnait mal, reprochant souvent aux gouvernements leur absence d’intérêt pour l’institution.

Âgée de 42 ans, Salwa Toko a des origines marocaines et béninoises. Elle a grandi au Mali jusqu’au collège avant de finir sa scolarité en France. Elle s’est fait connaître pour son engagement en faveur de l’inclusion des femmes dans le milieu très masculin de la tech.
En 2014, elle fonde Wifilles, un programme piloté par la Fondation Agir contre l’exclusion (FACE) de Seine-Saint-Denis. Depuis, plus d’une centaine de collégiennes et de lycéennes ont pu bénéficier d’une formation gratuite aux outils numériques.
En avril 2018, Salwa Toko crée une nouvelle association dédiée aux étudiantes post-bac. Essentiellement financée par des acteurs privés, la structure compte s’étendre à Lille, Nantes et Marseille d’ici à un an et proposer au moins huit sessions par an.

Deux questions du site Les Numériques posées à Salwa Toko

Le CNNum a-t-il encore un intérêt ?

Salwa Toko : Et pourquoi n’en aurait-il pas ? Nous ferions une très grande erreur si le CNNum était supprimé. Nous n’avons pas intérêt à dénigrer le CNNum — et je ne dis pas cela car j’en suis la nouvelle présidente ! Le numérique est entré dans nos vies de manière assez insidieuse. Il y a 20 ans, nous ne pouvions pas imaginer l’ampleur qu’il allait prendre dans la vie économique, dans tous les secteurs d’activité, et encore moins l’incidence qu’il aurait sur l’interaction entre les citoyens, et sur leur volonté d’interagir avec leurs administrations. Nous en sommes là aujourd’hui et il est crucial d’avoir ce conseil pour proposer des idées et aider à faire que nous allions ensemble dans la bonne direction. C’est un outil pour réfléchir à comment le numérique peut permettre d’améliorer le quotidien de toutes et de tous. Nous avons toujours travaillé en France avec des instances qui veillent au bien-être de la nation. C’est une force. Nous avons été les premiers à créer un organe de ce genre et nous en sommes fiers.

Nous avons besoin de créer une éthique philosophique du numérique. Il doit être à notre service et pas l’inverse. – Salwa Toko, présidente du CNNum

Par une régulation à la française ?

Salwa Toko : C’est un aveu de confiance que fait l’État en créant un tel conseil, afin d’être éclairé, guidé, alerté parfois sur les dérives et les questionnements que peut susciter l’usage du numérique. Je n’ai pas encore une vision assez large des champs à aborder et c’est pour cela que nous sommes 30 membres, cela permet de démultiplier nos expertises et les sujets que nous devons traiter. Je prends beaucoup appui sur mon expérience de présidente d’une association qui œuvre pour plus de mixité et de parité dans l’univers de la tech. Et comme je travaille au quotidien sur les usages des adolescentes, je me rends bien compte que l’on a failli dans la manière de les réguler, pour l’ensemble des mineurs qui sont confrontés à des usages très violents, pernicieux. C’est de notre responsabilité de nous interroger sur ces dérives. Nous avons donc besoin de régulation et de garde-fous. Nous avons besoin de créer une éthique philosophique du numérique. Il doit être à notre service et pas l’inverse.

→ Interview complète publiée le 6 juin 2018 sur “lesnumeriques.com” : c’est ici.

La nouvelle instance de 30 membres nommés pour 2 ans compte dans ses rangs une quinzaine d’entrepreneurs, dont Gaël Duval (JeChange.fr, La French Touch Conference), Loubna Ksibi (Meet My Mama), Jean-Charles Samuelian (Alan), Tatiana Jama (Selectionnist) et des représentants de grands groupes, tels que Maud Bailly (AccorHotels) et Françoise Mercadal-Delasalles (Crédit du Nord).

Ce conseil a pour mission “d’étudier les questions relatives au numérique, en particulier les enjeux de la transition numérique de la société, de l’économie, de l’action publique et des territoires”.

Site du CNNum : cnnumerique.fr

Crédits photos : Maddyness, La Croix.

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